La Race Across France de Pierrot !

RAF 300 | Compte Rendu… ouf 😮‍💨 

Ma RAF300, cette course que je déteste aimer… 
Ma RAF, cette course multi format qui fait tant couler d’encre, tant de récits d’expérience plus ou moins glorieux plus ou moins élogieux. Mais je viens ici vous conter ma vision des choses, celle d’un mec normal qui est tombé amoureux de l’ultra distance, ce mec normal comme vous, avec un entrainement basique d’entrepreneur qui bosse énormément en saison et jongle entre vie de famille et passion pour le vélo.

Cette RAF sur le papier peut paraitre une simple formalité, peut oui… Mais comme tout ultra même sur un format sprint de 300K avec une barrière horaire de 24H peut être très piégeuse ! Et l’homme au marteau ne sévit malheureusement pas que dans l’Omomarto… 
Très médiatisé sur les réseaux elles attirent plus de 800 participants venant de tout horizon, de l’inconnu débutant ayant débuté le vélo il y a 8 mois à l’instagramer au 200K followers ! Bref moi je m’en tape je suis plus le mec qui brille par sa connerie que par sa performance et pour balancer des conneries ça je suis le premier ! 


Allez on va rigoler, je vais retrouver des culs pelés et la bande Fastclub ! 
Après m’être perdu plusieurs fois pour faire simplement Nice – Mandelieu, ouais ça promet pour la suite… J’arrive enfin au village de course et là paf je tombe sur un visage familier ou plutôt un dos familier ah ah celui de Johanatan Lefrancois, en tout logique j’hurle son nom ah ah ! Et au même moment j’entend un oh Pierrot ! Merde je suis déjà démasqué… Ah Stephane est là avec sa charmante épouse, on échange quelques mots et naturellement on se suit vers le retrait des dossards…


Apres un repas endiablé à midi avec une bouteille de rosé et un suivant le soir avec apéro au Fly, la journée passe vite et il est l’heure de partir nous reposer un peu, avant le départ demain midi… 
Je tombe comme une masse, et ayant déjà tout préparé pour demain je n’ai que ma tenue de vélo à mettre le reste est prêt… dodo donc ! 
Pas de réveil je me laisse tirer des bras de Morphée naturellement, après un sympathique petit dej je pars pour voir le départ des copains…. Bonjour l’ambiance ! Bien entendu chacun aura droit à son « Allez bebe ! Et son allez les culs pelés ! » 
Et comme je pars le dernier, j’ai le sentiment d’abandon, je n’ai pas stressé jusqu’à maintenant, j’ai encouragé tout les copains et juste avant de monter sur l’estrade de départ je fais mon petit rituel de prière et de concentration comme Valentino Rossi je m’accroupis devant mon vélo en le tenant par la pédale et je lui parle oui je lui parle, lui que j’aime tant, il va m’accompagner une fois de plus dans un truc qui va nous faire mal à tout les 2, j’ai confiance en lui et lui ? A t’il confiance en moi ? Je nous rassure mutuellement et je finis par un « Allez bébé, on va le faire ! » je me relève et remarque les regards intrigués des gars derrière moi… Ce départ séquencé je l’ai détesté ! Il nous prive de rouler avec nos copains et de nous tirer la bourre autant que nous soutenir… Avec plus d’une heure de décalage je ne pourrais certainement pas rattraper la fusée Captain Max et difficilement Stephane qui a plus de 40min d’avance… Moi qui suis habitué au départ tous ensembles comme aux bikingman cela me perturbe… tant pis je ferais avec… 
5..4…3…2…1… Je m’élancent de la rampe et j’entends un sympathique Allez bebe ! Venant du coté gauche … merci ça me fait chaud au coeur ! Madame Steph et quelques autres m’on encouragé ! Top ! 


C’est parti pour 335Km et 6500d+ il est 11H42 et il fait 32° ! 
Je pars sur la plaque en direction de Grasse, la route vallonnée n’est pas spécialement belle et on enchaine des ronds points, de toute façon il faut bien sortir de la ville et déjà y en a un qui se perd… je le remets sur le droit chemin… la carte du GPS affiche un faite demi tour… mauvaise route alors que nous sommes bien sur la trace… .je ne cherche pas à comprendre et je trace…. Et la paf je prends à droite au lieu de tout droit dans un rond point car un pick up vient de me couper la route je pars derrière lui en l’insultant et lui demandant de descendre de son 4×4 l’enfoiré s’échappe avec un doigt d’honneur ! Sa race ça fait 40 min qu’on est parti et je me suis déjà énervé 2 fois… Vite sortir de la civilisation…. 


Je roule à bon rythme en prenant soins de boire régulièrement et même si je contiens mes watts en dessous de 200w il fait tellement chaud que j’ai le cardio explosé ! Je roule sur le plat sans descendre en dessous de la zone 4 et à la moindre bosse je monte à 5 jusqu’à du 5.3… Je commence à me poser des questions, j’ai le maillot ouvert pour profiter du vent et je me sers de mon 2e bidon pour m’arroser régulièrement la nuque et la tête à travers le casque… On traverse Grasse et les bosses s’enchainent rapidement, je double un bon paquet de personnes et déjà je regarde les braquets un bon nombre sont déjà tout à gauche ! Alors que j’ai encore 3 pignons de libres à gauche je reste même sur ma plaque de 43 et je me dis que le Synapse à moins de 10kg est finalement une bonne idée alors que ceux que je double me paraisse bien chargé ! Ou alors je roule déjà trop vite !


Je passe le col du Ferrier et on attaque déjà le col de Bleine, je ne connais pas la route et je repère juste les noms des panneaux qui me sont familiers, je surveille les km qui défilent sur le compteur et le D+ pour me situer à peu près, je sais que les 100 premiers km représentent un gros morceaux de 2000d+ et j’essaie de contenir mon euphorie et mes watts ne pas taper dans les zones glucides en espérant que le cardio trop haut n’indique pas au corps de taper dans le sucre tout de suite sinon je suis clairement entrain de me cramer rapidement et dans 2H je serais cuit… On verra ! A ce moment là je n’ai qu’une seule idée en tête, rattraper Stephane et essayer de passer le plus rapidement possible les 2000d+ pour arriver au parcours vallonné des gorges du Verdon… Arrivé en haut du col de Bleine j’ai encore  doublé un bon paquet de coureur dont certains m’on balancé un célèbre Allez bebe ! Je suis à sec d’eau ! J’ai utilisé les 3/4 du second bidon pour me rafraîchir, seule solution pour luter contre les 36° étouffant de l’arrière pays Niçois ! J’envoie tout en descente dans un vent de face et chaud ! Je me mets même en position Mohoric car avec le 43×10 à plus de 60 ça pédale dans la semoule ! Je vais bien rattraper Jean Yves ou Steph bordel ! Même si je sais que c’est utopique cela me donne une bonne motivation pour avancer  à bon rythme ! J’envoie un message à Steph pour savoir à quel Km il se situe… 20km devant… Il faut que je trouve absolument de l’eau pour ne pas démarrer une déshydrations et ruiner les efforts du départ pour éviter ça ! Sur une ligne droite je découvre en contre bas de la route une maison avec des gens qui mangent je leur pose la question si ils peuvent me donner de l’eau car je suis sec ! « Mais bien sur venez ! Vous n’êtes pas le premier ! » Ces adorables personnes me donneront même une banane et une pêche ! Je repars de plus belle et je soude ! 


Je roule dans le vent, et dans le faux plat descendant de Saint Auban je double Coline notre pote de Fastclub qui me crie oh bebe ! Je commence à sentir les premiers signes d’un coup de chaleur et je surveille ma consommation de calorie qui me parait cohérente pour les 75km en 4h et déjà plus de 1900d+ puisque les 2000 seront passés à 100k au village de Castellane, il faut donc que je me re-sucre rapidement et que je mange ! Je m’arrête à l’épicerie du village de Soleilhas, un garage transformé en supérette de quartier la Dame s’active à refaire des sandwichs car elle s’est faite dévaliser…. Ah bon…. Il doit y avoir 500 cyclistes devant moi toutes distances confondues ! Je trouve mon bonheur avec 2 pêches, 2 bananes et un coca qui sera le dernier dans le frigo ! Assis sur la marche je fais le point sur ma situation et j’appelle Jarvis qui me dit que les batteries sont à 70% et la température corporelle encore trop haute… Allez je me pose encore un peu… 
Arrive un groupetto de coureur avec Coline qui me dit que la douleur de son poignée est vive (car elle s’est faite renversée la veille de la course donc vendredi soir par un belge qui a pilé devant elle… scaphoïde cassé ! Mais on le sera que le lendemain) elle se pose aussi… 
Arrive la jeune fille du dérailleur en L’air de la video et qui commence avec Coline a toucher la vis de tension de câble, elle dit oh la la mes vitesses ne passent pas c’est horrible…. Je regarde le truc, je retends son câble ça marche mais pas top… tel un team avec une qui soulève le vélo l’autre qui pedale et moi qui tourne le tendeur, ça commence à être  mieux jusqu’à voir que sa vis d’englobée est trop serrée et le galet touche le pignon… allez hop je lui règle son bordel et elle finira sa course sans soucis avec des vitesses qui passent parfaitement… C’est aussi ça l’ultra, l’entraide en cas de besoin et surtout il faut connaitre son vélo et savoir le réparer… 
On repart avec le gruppetto et sans drafter on roule tous bien, cette pause nous a carrément fait du bien ! Même si je sais qu’elle était trop longue… 
On décide avec Coline de faire un bout de route ensemble j’ai le casque qui commence à me serrer la tronche et j’ai beau m’avaler barres, compote 4ultra, j’ai la bouche amère, je bois, régulièrement, je continue de m’arroser le crâne et la nuque mais je sens que j ai carrément bien épuisé le stock de glucide et surtout les sels minéraux… Hors de question de boire des électrolytes ou autre boisson, à ce moment là j’ai une envie de pastèque, mais d’un autre monde ! Ça fait plus de 3h qu’on roule depuis le 1er arrêt et les bidons sont vides, je ne compte pas les micros arrêt pour juste remplir, il faut manger encore… il fait toujours chaud les visages sont déjà bien marqués et certains sont déshydratés complet… J’ai perdu ma coéquipière de galère entre temps… 


Village de La Palue sur Verdon après 6H20 de course 120km et Plus de 2300d+ la route est encore longue… Je trouve ma pastèque et je taille des tranches pour que les autres puissent en profiter également, elle est fraiche et elle passe crème comme on dit ! Je me sens entamé et le cardio est toujours en zone 4 ! Ça ne baisse pas… au moindre effort il remonte en flèche… 
On rentre a ce moment là dans les gorges du Verdon et la qu’est-ce qu’on se prend comme vent de face… Toute la descente sur le lac et toute le faux plat montant dans les gorges c’est vent en pleine tronche…. Je sens que je perds Coline une fois de plus et je suis encore un peu en jambes je lui dis Coco je continue à mon rythme… Elle me lache un t’inquiète pas je te retrouve allongé sur un banc dans quelques heures… Ouais parce que moi je suis le style de soudeur qui a chaque fin de baguette  retourne jusqu’à Leroy Merlin pour en acheter une… si tu vois ce que je veux dire… Bref je roule…. J’en prends plein les yeux c’est magnifique ! 


Déjà 150km au compteur et 8H de course je commence à avoir l’estomac serré…. Je rentre en lutte avec moi même et je sens le coeur se serrer également dans ma poitrine, le cardio s’est effondré et le souffle est court…. Je le sens arriver…. Je lutte jusqu’à Bras-D’aces pendant une demi heure il est 20h et je suis cuit… je m’arrête dans le bar qui fait l’angle et commande un Perrier… il va me détruire… le ventre explose et je sens que j’ai la gerbe…. Je pars… je vais rouler et vomir… c’est sur….


Km 175…. C’est le drame… Alors que je traverse les champs de lavandes magnifique du plateau de Valensole, après 9h de route il est là caché dans les buissons… il m’attend… l’homme au marteau essaie de m’assommer… je lutte avec une barre au ventre… je pleure… j’ai mal… j’ai le coeur serré et le souffle court je suis cuit, le mur est là face à moi… je n’avance plus… je tente une gourde de 4ultra que je recrache, rien ne passe même pas un dragibus rien… je suis dans le dur… Je me bats face aux attaque de cet enfoiré au marteau qui tente de me stopper dans ma course… je l’évite et je ne renoncerai pas jusqu’a sentir des hauts le coeurs…. À Oraison je vois un banc à coté d’une fontaine, il faut que je me pose et laisse passer la bascule lipide – glucide… je m’arrête et je gerbe une 2e fois… ma femme m’appelle à ce moment là… je suis en larmes…. Elle me raisonne et me rappelle que cet état là je le connais je l’ai déjà vécu et je l’attendais… Cet sensation ou tout est flou autour de nous… je sais que je sais… mais je flippe… je raccroche et je me dirige en titubant jusqu’au Kebab du coin de la rue, acheter un coca, l’odeur du gras me fait presque vomir sur le comptoir de ce bouge… 2€ le coca voila… merci… je retourne à mon banc…Apres avoir dégazé le coca, je bois doucement… petite gorgée par petites gorgées et j’attend je m’allonge sur le banc… je tremble j’ai froid… je me rappelle exactement la même sensation au Bikingman , à Ghisoni quand j’ai vomi puis après ça allez mieux…. Les minutes sont interminables j’ai froid je vomis encore le coca que je viens de boire et je décide de me balancer carrément les doigts au fond de la gorge ! Aha ouais tu veux ma peau enfoiré tiens ! Je vide mon estomac ! Et je me repose sur le banc… je sens que ça passe… enfin… je bois le reste du coca… c’est passé, j’ai gagné… je vois l’enfoiré au marteau s’éloigner….  Cet Etat dure en moyenne 1H30-2H chez moi, c’est le fait de ne plus avoir de glucide dans le réservoir, le stock de glycogene est épuisé et le corps bascule à ce moment là en zone lipide par obligation, on rentre alors en mode Zombie… enfin moi je l’appelle le mode zombie, le cardio est bas et ne monte plus et les watts ne sont plus qu un lointain souvenir la seule idée en tête est pédaler boire manger pédaler boire manger… bienvenue en enfer ! 


21H30, Alors que la soirée est déjà bien avancée et que je reprends mes esprits sur mon banc j’entend un « Pierrot ça va ? » d’une voix inquiète… « Putain t’es carrément blanc… Allez debout faut avancer… » Coline m’avait rattrapé et sa blague tout à l’heure n’etait pas anodine, si elle avait balancé l’histoire du banc comme ça, moi je savais au fond de moi que ça allait arriver… 


Mode Zombie On… on roule maintenant dans la nuit noire  et dans une humidité relative, le gilet, les manchettes et la goretex ne sont pas de trop et il fait enfin frais… Le cardio est bloqué à 135bpm et les 90w que je produis sont un exploit… mon dernier ravito remonte à la pastèque… si si vous vous souvenez c’est tout la haut dans le texte !… je ne peux strictement rien avaler ! A part de l’eau ! 
Juste avant Apt, nous décidons de faire une pause car nous sommes clairement fracassé ! Il est 00H41 et 238km sont affichés sur mon compteur, comme je n’ai pas le auto stop la vitesse moyenne est bonne et je suis a 18,3km/H pour 13H de course ce n’est pas si mauvais compte tenu des nombreuses pauses que j’ai fait. On retrouve Pierre Adrien, un Rafeur avec qui on joue au chat et à la souris depuis le départ, il mange tranquillement son riz oncle benz froid assis sur un muret… Il nous offre d’ailleurs son 2e paquet que l’on partage, ça fait du bien de manger quelque chose de salé. 


On repart tout les 3 dans la nuit noire, il nous reste 60km pour atteindre le Bed & bike, c’est vallonné mais il faut quand même passer Gordes et le col de Murs ce qui représente en gros 800d+. Les 60 km les plus longs de ma vie… je suis cuit, je sens clairement la fatigue et le sommeil arriver… les heures passent plus vite que les km…2H34 du matin on arrive enfin au centre de Gordes, le village est magnifique tout en pierres et éclairé par des spots c’est tellement beau que je me pose sur la route contre le trottoir 15min pour une micro sieste ! Ah il faut déjà repartir et monter le dernier col celui de Murs… il n’est pas difficile mais le bitume ne rend rien et j’ai l’impression d’être complètement collé… le panneau apparait enfin ! Youhou ! Vu le nombre de Rafeur en haut à 3H45 du mat je me dis que finalement on est pas si mal et qu’il a fait mal à bien du monde ! Allez dernière descente de 10 km et on est arrivé ! Ouf… 
La descente dans le froid est très mauvaise entre trous et raccords j’ai clairement mal au cul et je commence à en avoir marre… je pense au Ventoux et je me dis que monter celui-ci maintenant est clairement de la folie et impossible ! Coline me dit stop et fin au B&B pour elle, la douleur est trop présente et 300k pour elle c’est bon… Ciao la RAF… Quand à moi je réfléchie et je me dis que finisher au matin et monter le Ventoux de jour serais plus sympa que de nuit… même si je vais encore perdre des heures… 


Arrivé au B&B c’est la folie… des cyclistes partout, des mecs partent à 4H30 à l’assaut du Ventoux pour finir le tout pour le tout… d’autres dorment parterre… On s’assoie on mange une assiette de riz au thon réduit à sa plus simple expression… je m’endors sur ma fourchette… allez ciao tout le monde je vais me poser… j’attrape mon bivy de survie et je choppe un lit de camp… 1H30 de sommeil avant que le coq ne commence à chanter… Je me réveille dans un état vaseux… je titube jusqu’à mon vélo et j’ai froid… je trouve une banane sur la table et de l’eau… ça risque de faire juste comme ravito mais je suis toujours bloqué et j’ai du mal à avaler quoi que ce soit une fois de plus… 
Allez ! Rendez vous avec le mythique Ventoux ! Ou bienvenue en enfer… je traverse Bedoin et je vois le panneau Chalet Reynard 15km et Sommet 22km dans ma tête cela se bouscule et les idées noires sont revenues me hanter, putain j’ai froid… des mecs me doublent en court il fait 20° et moi j’ai la veste goretex je suis gelé… Les 6% du départ me font déjà clairement mal ! Je suis à l’arrêt et je n’arrive pas à trouver un rythme…Mais quel rythme ? Je suis complément cramé et confit… je n’ai plus de jus dans le moteur… pourtant je n’ai pas mal aux jambes plus que ça… Enfin il faut comprendre que pour 300km j’ai encore des jambes mais plus de force et d’énergie pour les faire tourner ! Je mets un premier pied à terre et marche un peu pour essayer de me réveiller et je croise d’autres zombies qui marchent aussi, ces mêmes zombies croisaient dans la nuit dont un qui est sur le 500K et qui est déjà out of time… Entre courage absent, faiblesse et désarroi je tente de remette le cul sur la selle… putain je n’avance pas je n’ai plus rien j’ai pas bouffé de calories depuis très, voir trop longtemps…Je rentre une fois de plus en lutte avec moi même, mais l’esprit me lache je suis presque prêt à abandonner, si près du but, tant pis, mon tel sonne c’est Jean Marc Orus qui vient prendre la température et qui voit carrément que je suis largué que j’ai jeté les armes… Une longue discussion avec mon ami va me remonter le moral et me redonner du courage, je repars en alternance de marche et vélo. Le temps passent mais les km restent… j’ai l’impression de ne pas avancer et les 11% sont horribles… Je décide de prendre le compteur et de le mettre dans la poche arrière du maillot… toute façon c’est tout droit ! Alors que je marche une fois de plus lamentablement j’entends un oh Pierrot ça va.. Olivier Remy est venu à ma rencontre, un pote de Cycles Passion, il me remonte le moral… Il n’hésite pas à marcher à coté de moi et me parle, lâche des videos, m’encourage, il me décrit la route, les virages les % plus léger et surtout le moment ou l’on va enfin sortir du calvaire de la foret et arriver au chalet Reynard ! Olivier me dit « on se pose au chalet et ravito après tu vas voir c’est du constant 6-7% jusqu’au sommet, tu es encore dans les temps large avec plus d’une heure de battement pour monter la 2e partie »… 
Le Chalet Reynard enfin ! Je m’affale sur un banc et le coca magnum sera le meilleur de toute ma vie… Ca fait du bien le bordel ! Merci encore Remy pour le ravito ! 
Allez je sens que j’ai repris un peu de force et je vais le faire ! Je vais y arriver ! Les 4km les plus long de ma vie ! Je mets tout à gauche et je pedale, chaque tour est un tour de plus et 1,98m de moins à parcourir, distance de mon braquet 30×33… Je lutte, je double même des gens qui plus tôt m’on doublé dans la foret, je pleure, je résiste, je serre les dents, je fixe la route… j’y suis presque… Olivier m’attend à l’arrivée pour immortaliser l’instant… 
Je vois enfin le panneau RACE ACROSS FRANCE FINISH LINE, quelques derniers coups de pedales et c’est fini… enfin… je suis moralement détruit, physiquement aussi… je passe la ligne je pose le vélo contre le pilier et je m’effondre parterre en pleurant… les nerfs à vifs je craque nerveusement et je pleure tellement j’ai lutté… 
Au fond de moi je me sens petit, mais je l’ai fait ! Grace à vous, pour vous, pour moi, grâce à tous les encouragements que j’ai reçu pendant les 23h40 de course, avec ce finish en contre la montre sur le fil du rasoir mais qu’importe j’ai tout donné pour y arriver ! J’ai tout donné tout le long du parcours, j’ai aidé, donné et tant reçu… quelles émotions ! 
Voila, c’est fini, on prend le temps de monter jsuqu’au Panneau Mont Ventoux pour quelques photos et il est l’heure de rentrer. 
Je rejoins le bus au col des tempêtes qui nous ramènera jusqu’à Mandelieu point de départ, comme si ne rien s’était passé depuis ces 30h… 
Je me souviens le long du parcours avoir dit, pensé plusieurs fois « mais pourquoi je fais ça, c’est fini, stop, je ne referais plus de truc comme ça, je suis pas bien moi sur mes sanguinaires tranquille là…. » Et puis ces idées s’envolent… 


Le retour à la réalité fut terrible… cette déconnexion avec le monde réel même si ce ne fut que 24h est une sensation magique, le temps s’arrête, la terre s’arrête de tourner, les personnes rencontrées deviennent des frères de galère des frères de douleurs, car même si encore une fois ce n’est « que » 24h sur une échelle d’une vie ce n’est rien mais sur une échelle de l’effort c’est énorme et le rythme pour faire 335k pour 6500d+ impose de ne pas trop traîner non plus ! La chaleur et les soucis gastriques n’arrangent rien mais finalement le bonheur est au bout des pédales. Le flottement de l’esprit la concentration du cerveau sur une seule idée, avancer… En fait c’est cela que j’aime dans l’ultra ! C’est cette recherche de sensations que j’aime, c’est une parenthèse de la vie normale pendant 24h, une drogue, addiction totale de cet état physique et mental… 


Le retour à la réalité fait donc très mal et Ultra-blues assuré pendant quelques jours après chaque épreuve ! Déjà le retour à la civilisation te mets la 1re claque, le retour en famille la 2e, pendant toute l’épreuve la famille prend une place importante, elle vous suit dans l’ombre… pour eux, vous êtes un point sur une carte qui se déplace et ils essaient d’imaginer ce que vous vivez, ils vous envoient des messages d’amour et qui vont vous booster ou vous faire fondre en larmes parce que l’émotion est trop forte…. On en vient à rouler pour eux, regarder comme je tourne les jambes, regardez comme je vais bien, on ne roule plus pour nous mais pour eux, on n’a pas le droits n’abandonner ils doivent être fiers de nous ! 
Tant de jours de préparation, d’entraînement, de réflexion de compromis et même de privation, mais quelque soit la distance, chacun son défi ! Chacun définira son niveau d’exigence du podium au finisher… 
Cette RAF, je l’ai vécu comme un challenge, une vengeance de mon abandon sur le Bikingman, et un test pour voir si j’étais capable de rouler une nuit sans dormir, 335km et 6500D+ avec un monument en fin parcours, c’est une 1re journée semblable au parcours du départ jusqu’au CP1 d’un Bikingman, je n’avais pas pu rouler en non stop encore, les précédentes courses étaient sous couvre feu et là pour la 1re fois c’était la liberté ! Je l’ai fait j’ai passé un cap supplémentaire dans ma préparation dans mon avancée à toujours plus loin et toujours plus haut… je sais maintenant que je peux et je sais encaisser une telle distance et déclivité sur 24h… Même si j’ai perdu quelques (beaucoup) de vie dans certains cols un phénix ne meurt jamais et renaît de ses cendres… 
Alors je vous donne rendez vous pour la RAF 2022 sûrement sur le 500 ! Pourquoi ? Juste pour le plaisir et partir plus tôt ! 
Mais avant ça je vous donne rendez-vous au Portugal pour le Bikingman ! 
Merci de m’avoir lu !
Bises à tous ! 

La course sur strava de pierrot : https://www.strava.com/activities/5692022177

C’est pour ça qu’on t’aime Pierrot ! Merci pour ce récit qui nous fait passer des rires aux émotions.

N’hésitez pas à mettre vos commentaire en dessous !

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